Quand j’ai lu cette décision de la Cour de Justice Européenne et vu ensuite la mise en place quasi immédiate par Google de son formulaire « d’effacement », j’ai pensé à la situation de Fadila. Cette femme d’origine algérienne, élue de sa commune dans la région Lyonnaise m’avait contacté il y a quelques mois, avant les élections municipales. « Quand ma fille (13 ans) tape mon prénom et mon nom dans Google, elle ne voit que des horreurs. Je n’en peux plus, il faut que ma fille n’ait plus honte de son nom, de sa mère. » Les horreurs en question : un article du journal local qui relate une condamnation dans une affaire familiale, un divorce qui s’est mal passé, comme cela arrive très souvent, c’était il y a 6 ans. Normalement cela ne fait pas une ligne dans le journal et donc non plus sur Internet. Mais voilà, quand on est élue, issue de la diversité, « l’arabe de service », on a le droit à un petit traitement de faveur dans la presse, même pour son divorce. Les autres résultats, deux sites ouvertement d’extrême droite qui reprennent l’information de la PQR et un aspirateur de flux qui reprend les trois infos… Difficile de passer à côté ou de se dire que l’affaire est derrière soi.
Elle est bien présente dans les résultats de recherche. J’avais à l’époque expliqué qu’il serait difficile d’obtenir la suppression de l’article en question par le site de presse, ce n’est pas dans les usages, et que demander un retrait aux sites extrémistes allait provoquer immédiatement un effet Streisand. Je me souviens avoir dit à mon contact : dites à votre fille de ne plus taper votre nom…Dépité.
La situation de Mario Costeja González, l’espagnol qui a obtenu que la juridiction européenne impose à Google le retrait de son index de ce qui est apparenté à des données personnelles est la même. Une affaire personnelle (saisie pour rembourser une dette sociale) ancienne, relatée dans la presse, et toujours indexée dans le moteur Google Spain. Effectivement, c’est une donnée personnelle détenue par le moteur, rendue publique par lui.
Le droit à l’effacement, le droit à l’oubli, c’est donc très concret pour certains. C’est la possibilité de faire disparaître des anciennes histoires, de ne plus avoir son passé à traîner comme un boulet. Quand j’ai appelé Fadila pour lui dire que l’Europe avait forcé Google à mettre en place un formulaire d’effacement, bien que je lui ai prudemment rappelé que le retrait effectif de l’index allait être sans aucun doute long et que ce n’était pas certain que Google accepte sa requête, elle m’a lancé : « je suis soulagée, sentir que ça avance, qu’enfin une instance considère que ma situation est difficile à vivre, au quotidien, c’est déjà énorme. Et en plus Google -l’intouchable- qui met en place une mesure, c’est encore plus fort. Je peux entrevoir une fin à cette histoire, enfin. »
ps : les noms et localisations ont été modifiés.
Et voici le message que vous recevez quand vous avez été au bout de la procédure.